Le projet Boréades

 

Gendarme en tenue NRBC © A.Devouard
Gendarme du nucléaire, en tenue NRBC © A.Devouard

Le groupe CS « Communication et Systèmes » avec son projet Boréades est l’un des deux gagnants de l’appel à projet de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) « Protection des zones sensibles vis-à-vis des drones aériens ». C’est le premier ministre qui avait lancé le concours en décembre via le Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDSN).

Le groupe CS dispose d’une solide expérience en matière de sécurité puisqu’il est le premier opérateur français dans le domaine du contrôle du trafic aérien, et le troisième mondial dans la gestion du trafic routier. Il a aussi fait ses preuves militaires en Irak et il est un acteur reconnu en sécurité nucléaire.

Le système de détection du projet Boréades est basé sur des caméras thermiques panoramiques capables d’identifier la signature thermique d’un drone de 30cm d’envergure jusqu’à 6 km de distance. Une grappe ou cluster de cameras UHD sera aussi mis à contribution pour la caractérisation des formes et des trajectoires spécifiques des drones.

Le projet Boréades vise également  à la neutralisation en vol des machines. Avec notamment un brouillage des communications entre le drone et sa base, la perturbation des signaux GPS nécessaires au positionnement, ou encore le piratage des systèmes de sécurité embarqués. Un RTH (return to Home) déclenché à l’insu du pilote permettrait ainsi de le localiser. Et de l’attraper. A condition bien évidement de pouvoir suivre au sol, la trajectoire aérienne du drone.

Un démonstrateur devrait être opérationnel d’ici 12 mois, avec une version fixe pour les sites sensibles, et une version mobile pour les manifestations devant être protégées. Certaines caractéristiques n’ont pas été annoncées par souci de confidentialité, surtout vis-à-vis de la concurrence.

Quoi qu’il en soit des contre-mesures sont déjà simples à imaginer :

  • Masquage physique de la signature thermique des drones. La température des moteurs et de leurs contrôleurs (ESC) est déjà assez faible. De l’ordre de quelques dizaine de degré centigrade en fin de vol. Elle peut être optimisée ou même dissipée pour ne pas laisser de signature thermique exploitable… Et il ne faut pas oublier que les oiseaux sont des animaux à sang chaud…
  • Modification des trajectoires de vol pour les rendre moins prévisibles (/cluster de caméra UHD). Vol à très basse altitude au ras du sol. Sans compter les camouflages visuels ou structurels pratiqués de longue date par les militaires.
  • Déconnection des systèmes de sécurité de type return to home RTH ou encore d’atterrissage d’urgence de type Fail Safe. Entre le risque de se faire attraper et le risque de perdre un drone, les contrevenants ne devraient pas hésiter longtemps à déprogrammer les systèmes de sécurité embarqués qui pourraient être piratés.
  • Le brouillage des signaux GPS de positionnement peut être dirigé localement. C’est difficile mais possible. Mais cela représentera toujours un risque non négligeable pour les utilisateurs réguliers, et il n’est pas certain que les pouvoirs publics en assument la responsabilité. D’autant que les drones peuvent déjà s’affranchir du GPS (vol en mode ATTI). Ou que des systèmes à base de cameras couplées à des sonars permettent déjà un positionnement dans l’espace sans requérir au GPS.
  • Le suivi au sol de la trajectoire d’un drone a peu de chance d’être couronnée de succès. Les drones volent rapidement et s’affranchissent des obstacles naturels avec une facilité déconcertante. Surtout pour ceux qui les poursuivent à pieds…

Le projet Boréades donc est ambitieux, mais la protection des zones sensibles risque de ne pas être aussi effective que les annonces le laissent supposer. Rendez-vous dans un an…

 

Sources :
le Monde,
Groupe CS
ANR.

2 réflexions au sujet de « Le projet Boréades »

Les commentaires sont fermés.